Bâtiment Redpath - Université McGill (Montréal)
La bibliothèque Redpath a été ajoutée à l'Université en 1893 grâce à la
bienfaisance de Peter Redpath, propriétaire de la compagnie Sucres Redpath et
une des figures dominantes de Montréal à l'époque, ainsi que celle de sa femme,
Grace Wood. Le couple offrit également le Musée Redpath, situé non loin au
nord-est de la bibliothèque. Ce don tombait à point puisque, jusqu'alors, toutes les
acquisitions de l'Université étaient placées dans le pavillon Molson, l'aile ouest du
pavillon des arts. Dans les années 1890, l'Université avait commencé une rapide
expansion et le pavillon des arts requérait toutes ses salles pour la tenue des cours.
Le premier bibliothécaire de Redpath, Charles H. Gould, instaura une École de
bibliothéconomie et un Traveling Libraries Program, ou programme de
bibliothèques itinérantes, par lequel on prêtait des livres à des villes n'ayant pas la
chance de posséder leur propre bibliothèque. Un pionnier dans le domaine, il fut
l'un des bibliothécaires les plus éminents en Amérique du Nord et, de 1908 à
1909, fut président de l'American Library Association.
L'architecte de ce bâtiment d'inspiration romane à la manière de Richardson fut Sir
Andrew Taylor, né en 1825, en provenance d'Édimbourg et ayant reçu sa
formation à la Royal Academy de Londres. Sa femme était la parente de Sir
William Dawson, le principal de l'époque, et il était lui-même membre de la famille
Redpath. La bibliothèque Redpath fut l'un des six édifices commandés à Sir
Andrew Taylor pour le campus de McGill. Lorsqu'il conçut ce bâtiment,
l'architecte plaça la fonction et les besoins auxquels il était destiné ainsi que son
plan au-dessus des questions d'harmonie et d'ornementation. L'édifice était vu
comme l'un des plus innovateurs de son temps. En prenant en considération le but
du pavillon, il dessina des rayons en acier et d'épais planchers de verre qui
devaient permettre à la lumière naturelle de passer à travers les trois étages tout en
s'assurant que l'édifice soit à l'épreuve du feu, un véritable exploit en 1893. À cet
effet, une porte à l'épreuve du feu séparait les rayons du reste de la bibliothèque
composé d'une salle principale et d'une salle de lecture possédant des planchers
en terre cuite ainsi qu'un toit d'ardoises et de cuivre. On utilisa du bois seulement
pour les lourdes poutres de chêne qui supportaient les étages supérieurs et qui
étaient surmontées à chaque bout par d'effroyables têtes de dragons se trouvant à
l'intérieur et à l'extérieur du bâtiment.
Bien que les rayons aient été très bien pensés, il n'en va pas de même pour la salle
de lecture. En effet, les hauts murs de pierre transmettaient l'écho du moindre
murmure, ce qui interdisait toute conversation, bien qu'apparemment un grand
nombre de messages écrits circulaient. L'utilisation abondante de vitraux
empêchait à une grande partie de la lumière naturelle de pénétrer à l'intérieur. Les
chandeliers accrochés au très haut plafond et les lampes de lecture ne
compensaient pas assez pour le manque de lumière. L'entrée du pavillon était
grandiose, mais donnait sur la salle de lecture, ce qui provoquait d'autres
distractions pour les étudiants. Andrew Taylor fut critiqué, même de son temps,
pour avoir conçu une tour inutilisée au-dessus de l'entrée principale de l'édifice, ce
qui lui conférait toutefois une allure distinguée digne d'un campus universitaire.
Même si Andrew Taylor s'était principalement soucié du côté fonctionnel de la
bibliothèque, elle n'en est pas moins considérablement ornementée. Mme Grace
Redpath fit don d'une grande quantité de vitrail qu'elle commanda chez Clayton &
Bell à Londres en Angleterre. La poésie, les beaux-arts et la musique sont les
sujets des trois larges fenêtres en ogive du côté est. Homère et Virgile font partie
des poètes représentés; les écrivains incluent Shakespeare et Molière; divers
artistes de Zeuxis à Michel-Ange et de Rubens à Wren y figurent; et Bach,
Beethoven ainsi que Wagner se tiennent auprès de plusieurs autres compositeurs.
Les cinq fenêtres en ogive du côté ouest au-dessus du balcon représentent le
droit, l'histoire, la philosophie, l'astronomie et la médecine. Plusieurs sculptures en
bois et en pierre ornent les pièces de charpente visibles et les murs extérieurs.
D'étranges créatures et des monstres garnissent le toit aux extrémités des poutres.
Deux sculptures à l'intérieur représentent Peter Redpath et Sir Andrew Taylor
eux-mêmes. Sur les murs extérieurs, construits en pierre calcaire de Montréal à
l'instar des autres édifices du campus, figurent les symboles sculptés des quatre
évangélistes, placés là comme symboles de sagesse pour les étudiants. Sur la
façade sud se trouvent les emblèmes de deux importantes compagnies d'édition,
l'une représentée par un cygne et l'autre, par un dauphin. Au-dessus de la porte se
trouve l'emblème des Redpath, une autruche tenant une clé.
Entre 1900 et 1901, Andrew Taylor agrandit les rayons déjà remplis à capacité à
la demande de Mme Grace Redpath. En 1921, la bibliothèque fut à nouveau
agrandie, cette fois-ci par Percy Nobbs et George Taylor Hyde. Cet
agrandissement s'alliait très bien au style d'Andrew Taylor, contrairement aux
ajouts ultérieurs qui fournissent toutefois beaucoup plus d'espace. De 1952 à
1954, le cabinet d'architectes McDougall, Fleming & Smith agrandit la
bibliothèque vers le sud et entoura l'étage principal de murs vitrés; cet ajout fournit
de nouvelles salles de lecture aux étudiants et il restait même assez d'espace pour
y ajouter les bibliothèques spécialisées suivantes : Blacker-Wood de zoologie et
d'ornithologie (maintenant appelée Blacker-Wood de biologie), et
Blackader-Lauterman d'architecture et d'art. Plus tard, lorsque la bibliothèque
McLennan fut érigée non loin au sud de la bibliothèque Redpath en 1969, on
décida de former un passage pour piétons entre les deux bâtiments en
agrandissant l'étage principal de la partie ajoutée à la bibliothèque Redpath en
1952.
Avant cela, au cours de la construction de 1952, le mur est de la partie ajoutée en
1921 avait été complètement recouvert et la salle de lecture conçue par Andrew
Taylor avait cessé de faire partie intégrante de la bibliothèque. Ensuite, les
planchers de cette élégante salle avaient été refaits en bois, les tables ôtées et elle
était devenue la salle Redpath, un endroit où l'on donne des récitals et des
réceptions. En 1981, on offrit à la salle Redpath une réplique d'un orgue de la
Renaissance française pour faire honneur à son nouveau rôle musical. On peut
encore aller l'écouter régulièrement pendant l'année.
Photo(s) du site web de McGill